L'ESTRAN

Qu’est-ce que l’estran ?

 

Un point de rencontre

L’estran est le point de rencontre entre la terre et la mer. C’est une zone physique qui est tantôt immergée, tantôt émergée, entre la marée la plus basse et la marée la plus haute. Cet écosystème complexe se trouve le long des côtes du monde entier, des corniches rocheuses escarpées aux longues plages de sable en pente et aux vasières qui peuvent s’étendre sur des centaines de mètres. Il est riche en nutriments et abrite une variété d’organismes. Aussi appelé zone intertidale, c’est un écosystème extrême aux conditions variables : alternance entre immersion et émersion, variations de température, de salinité, exposition aux vagues et courants, etc.

 

Un espace divisé en 3 zones

Les variations du niveau de la mer liées aux marées permettent de distinguer trois zones sur l’estran. La zone supra-littorale, la plus haute de l’estran, n’est recouverte par la mer que lors des fortes marées. Elle est souvent émergée et exposée au soleil, au vent et aux variations de températures. La zone médio-littorale a des durées égales d’immersion et d’émersion. Les organismes qui y vivent doivent être capables de supporter l’alternance entre des périodes à l’eau et des périodes à l’air libre. Quant à la zone infra-littorale, la plus basse de l’estran, elle est immergée la majeure partie du temps et n’est découverte qu’à marée basse. Elle possède la plus grande biodiversité des trois zones puisqu’elle offre des conditions favorables aux organismes marins qui ne peuvent pas tolérer une exposition prolongée à l’air. Plus on descend vers la mer, plus la durée d’immersion augmente et plus les conditions deviennent favorables aux espèces qui ne peuvent pas vivre longtemps hors de l’eau.

Un rôle essentiel pour la biodiversité et la protection des littoraux

Bien que l’estran s’avère être un habitat difficile, il abrite de nombreux êtres vivants et constitue également un lieu d’alimentation important pour les oiseaux résidents et migrateurs. Il offre une protection contre l’érosion, en ralentissant la force des vagues et en retenant les sédiments, ce qui permet de limiter le recul du trait de côte et de réduire les risques liés aux submersions marines.

 

L’estran : un véritable réservoir de biodiversité

 

Premier maillon de cet écosystème : la laisse de mer

La laisse de mer désigne l’ensemble des éléments naturels déposés par la mer sur l’estran au gré des marées. Elle est composée de matières minérales et organiques, ainsi que de faune et de flore. On y trouve des insectes, des mollusques, des crustacés, des débris de coquillages, de bois, de roche ou des algues arrachées, mais aussi des œufs de bulots et des capsules de raie. Souvent perçue comme inesthétique, voire malodorante, elle est régulièrement retirée des plages sous prétexte d’entretien. Pourtant, la laisse de mer est un véritable écosystème et un maillon essentiel de la chaîne alimentaire du littoral. Lors de sa décomposition, les matières organiques qu’elle contient fertilisent les sols et constituent une source de nourriture pour de nombreux organismes (petits invertébrés et oiseaux). Malheureusement, elle constitue un point d’accumulation des déchets d’origine humaine, déplacés par les marées, qui représentent une menace pour le littoral.

Ponte de bulot

 

Une flore adaptée aux contraintes de l’estran

L’estran abrite une flore variée, capable de s’adapter à des conditions de vie contraignantes (immersion régulière, salinité, variations de températures, etc.). Cette végétation est principalement composée d’algues, de lichens, de plantes marines, mais aussi de plantes à fleurs.

  • Les algues sont une composante majeure de la flore de l’estran. Elles se répartissent en trois familles : les algues brunes, rouges et vertes, selon les pigments utilisés pour réaliser leur photosynthèse. Sur nos côtes, les algues vertes sont représentées, entre autres, par la laitue de mer (Ulva lactuca) et le haricot de mer (Himanthalia elongata). Les algues rouges généralement identifiées sont le goémon à vache (Palmaria palmata), la nori (Porphyra umbilicalis), ainsi que le maërl (Lithothamnium corallioides). Quant aux algues brunes, les principaux représentants sont les fucus spiralés (Fucus spiralis) et les fucus vésiculeux (Fucus vesiculosus).
  • Les lichens sont présents sur l’estran sous forme de touffes vert pâle ou de croûtes aux coloris blanc, gris, orangé ou brun. Ce ne sont pas des plantes mais des organismes composites résultant d’une symbiose entre un champignon et une algue, où le premier protège la seconde. On les trouve souvent sur les rochers en bord de mer, où ils délimitent les différentes zones atteintes par les marées.
  • Les zostères sont de longues herbes marines rubanées pouvant atteindre plus de 1 mètre de long, et dont la couleur vert vif les amène à être confondues avec les algues vertes. Deux espèces sont présentes en Bretagne, la zostère naine (Zostera noltii) et la zostère marine (Zostera marina). Elles constituent des prairies sous-marines, véritables abris de biodiversité.
  • La zone supra-littorale de l’estran accueille de nombreuses plantes à fleurs, telles que la criste-marine (Crithmum maritimum), dont les feuilles charnues résistent bien à la sécheresse et au sel, l’armérie maritime (Armeria maritima) qui forme de jolis pompons roses à la floraison, ou encore le cakilier maritime (Cakile maritima) aux feuilles arrondies et un peu grasses.

 

Une faune riche et diverse

L’estran abrite une faune très variée qui rassemble principalement des crustacés, des cnidaires, des mollusques, des échinodermes, des poissons et des oiseaux.

  • Les crustacés, dont le nom signifie « croûte », regroupent sur l’estran des espèces telles que le tourteau (Cancer pagurus), la crevette bouquet (Palaemon serratus), la crevette grise (Crangon crangon), l’araignée de mer (Maja brachydactyla), la balane (Balanomorpha), etc.
  • Parmi les mollusques, dont le nom signifie « mou », on peut observer le bigorneau (Littorina littorea), l’huitre creuse (Crasostrea gigas), la moule bleue (Mytilus edulis), le buccin (Buccinum undatum) ou encore la patelle (Patella vulgata).
  • Les cnidaires dont le nom signifie « orties de mer » sont des animaux caractérisés par leurs cellules urticantes. Parmi les cnidaires présents sur l’estran on peut compter la méduse aurélie (Aurelia aurita), l’actinie commune (Actinia equina), la méduse boussole (Chrysaora hysoscella), etc.
  • Les échinodermes dont le nom signifie « épines dans la peau » sont des animaux marins dont font partie l’oursin violet (Paracentrotus lividus), l’astérie commune (Asterias rubens), l’ophiure (Ophiura), etc.
  • Les poissons souvent observés sur l’estran sont la blennie (Blenniidae), le gobie (Gobiidae), la motelle commune (Gaidropsarus vulgaris), ou encore les nérophis.
  • Les oiseaux fréquentent l’estran pour se rassembler, se reposer ou pour se nourrir car il constitue pour eux un véritable garde-manger. Les plus courants sont le goéland argenté (Larus argentatus), le goéland brun (Larus fuscus), le goéland marin (Larus marinus), la mouette rieuse (Chroicocephalus), et bien d’autres encore.

 

L’estran : un espace menacé

 

Un espace qui se réduit

La zone intertidale est un indicateur important des effets du changement climatique sur les organismes marins. L’imagerie satellite permet de suivre l’évolution du trait de côte et révèle une perte pour les communautés intertidales. En effet, l’élévation du niveau de la mer, l’érosion du littoral, l’artificialisation des côtes, l’urbanisation, le tourisme, et les activités humaines, constituent des menaces pour cette zone fragile. Selon le GIEC (AR6 Synthesis Report, 2023), par rapport à la période 1995-2014, le niveau moyen des mers pourrait augmenter de 28 à 55 cm d’ici 2100 dans un scénario de très faibles émissions, et de 63 cm à 1,01 m dans un scénario de très fortes émissions. Cette hausse risque de réduire certains habitats intertidaux et d’accentuer leur érosion.

 

La menace du changement climatique

Les changements de température dus au changement climatique menacent directement les organismes vivant sur l’estran. En effet, ils ne sont adaptés qu’à une plage de température particulière et les vagues de chaleur marines, devenues plus fréquentes et intenses, peuvent provoquer d’importantes perturbations métaboliques voire la mort de l’organisme et modifier durablement la composition des communautés.

 

Un espace victime de l’activité humaine

La zone intertidale est également sensible aux activités humaines. Par exemple, les déchets peuvent s’accumuler sur les plages et être ingérés par les animaux, provoquer des blessures et modifier les habitats. Selon l’OFB, 75% des déchets marins sont constitués de plastique. Il faut ajouter à cela les pollutions aux hydrocarbures, aux produits chimiques, aux métaux lourds, etc. L’artificialisation est aussi l’une des principales pressions pesant sur ce milieu, et elle progresse deux fois plus rapidement sur le littoral qu’à l’intérieur des terres entre 2006 et 2012 (source : OFB).